Supposé « abandon de l’opposition »: Ces faits qui désavouent le « sage » Charles Kondi Agba et le régime RPT/UNIR

L’opposition togolaise a abandonné. Ces propos du Président des sages (sic) UNIR, Charles Kondi Agba, jeudi dernier dans le cadre de la célébration du 10 anniversaire de l’Union pour la République (UNIR), la tôlerie peinture du Rassemblement du peuple togolais (RPT), résonnent encore dans des têtes. Dans certains milieux, ils sont même vécus comme une provocation en règle à l’endroit de ces hommes et femmes qui, à leur corps défendant et avec les moyens du bord, essaient d’entretenir la flamme de la contestation et la maintenance de l’opposition. Pas du tout à tort, lorsqu’on considère la part de responsabilité et les misères faites aux opposants et/ou simples contestataires du régime de façon générale.

« On ne peut pas danser et s’apprécier à la fois et c’est le rôle de l’opposition de critiquer afin de permettre à ceux qui sont au pouvoir de corriger. C’est ce qui se fait dans tous les pays, constructive qui applaudit quand c’est bon et désapprouve dans le cas où c’est à améliorer (…) Mais si devant vous, il n’y a vraiment rien, c’est une situation dangereuse (…) Nous nous sommes rendu compte que l’opposition togolaise a abandonné. Elle n’a pas d’ autres arguments que cinquantenaire, cinquantenaire ».
L’ancien ministre de la Santé Charles Kondi Agba, disparu des écrans radars, a fait une réapparition remarquée et s’est rappelé au bon souvenir des Togolais, avec ces déclarations jeudi dernier à Atakpame, à l’occasion de la célébration du 10 anniversaire de l’UNIR. Une véritable pique à l’opposition dont il se serait bien passé. Si elle s’est effectivement murée depuis un bon moment dans un silence sépulcral assimilable à l’abandon, le régime est loin de jouir d’un blanc seing dans cette situation. Un simple euphémisme d’ailleurs.

La responsabilité du pouvoir

Pourquoi l’opposition devrait abandonner, ainsi pourrait s’énoncer cet intertitre ou même la titraille principale. Cet abandon a forcément des liens avec les misères faites par le pouvoir cinquantenaire aux leaders et militants de l’opposition. Ils sont traqués. Au Togo sous le régime du père et du fils, c’est un crime de lèse-majesté de vouloir contester sérieusement le régime.
On le fait en tout cas à ses risques et périls. Tavio Amorin, Marc Atidepe, Atsutsè Agbobli…ont payé de leur vie cette audace (sic). Gilchrist Olympio a échappé à un attentat à Soudou en 1992. Les tribulations ont fini par avoir raison de lui et il a rejoint avec armes et bagages l’adversaire et s’attable avec lui. Certains opposants sont contraints à l’exil. Agbeyome Kodjo a été obligé de prendre la clef des champs depuis son affront de la présidentielle du 22 février 2020 dont il réclame d’ailleurs toujours la victoire, de même que son père spirituel Mgr Philippe Fanoko Kpodzro. Tikpi Atchadam, pour avoir initié la révolte populaire de 2017 avec le Parti national panafricain (PNP) qui faillit faire tomber le régime, est contraint de se mettre au chaud. L’ancien ministre François Boko, l’ex-officier de gendarmerie Olivier Amah, sont aussi dans le maquis.

Les opposants qui tentent de contester la gouvernance actuelle sont systématiquement écrasés, jetés en prison, pour un oui ou un non…Une façon de les désarmer et décourager les autres. Djimon Oré y est depuis un bon moment, pour avoir (simplement) fait un rapprochement entre la situation au Togo et le génocide rwandais. L’affaire des incendies des grands marchés de Lomé et Kara n’avait-elle pas servi de prétexte pour coincer les responsables du Collectif « Sauvons le Togo » qui, dans les années 2012-2013, menait la dragée haute au pouvoir? Les journalistes critiques sont aussi persécutés, espionnés au PEGASUS, menacés de mort, arrêtés, emprisonnés, leurs organes suspendus/fermés par la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC). Les syndicalistes qui tentent de défier (sic) le régime sont écrasés. L’exemple d’actualité, c’est sans doute celui du Syndicat des enseignants du Togo (SET).
Faire subir tout cela à des gens qui ne luttent que pour l’instauration de la démocratie, l’Etat de droit, le respect de la dignité humaine et leur reprocher par la suite d’avoir abandonné ou de ne pas faire de l’opposition constructive, c’est trop simpliste. Est-ce la faute de l’opposition si, depuis bientôt 60 ans, le régime tourne en rond ? Est-ce parce qu’il n’y a rien devant que le pouvoir comprime le peuple ? C’est à croire qu’il n’a jamais de projet de société à mettre en œuvre et attend à ce que ce soit l’opposition qui sonne l’alerte avant de se bouger le c…A quoi servent les députés opposants tout fabriqués à l’Assemblée nationale ? Au-delà de l’opposition, avec le clan RPT/UNIR, même les voix dissonnantes ne sont pas admises en son sein. Il broie ses propres enfants et il n’est surtout pas permis de rêver du fauteuil présidentiel. L’ancien ministre de l’Administration territoriale Pascal Bodjona, faiseur de roi, l’a appris à ses dépens. Kpatcha Gnassingbé est en prison depuis 2009…

La colère légitime de Nathaniel Olympio

« Voilà des gens qui confisquent le pouvoir d’Etat depuis 54 ans, par ruse, par violence, par fraudes électorales, par corruption, par injustice, par privation des libertés et qui se plaignent qu’on le leur rappelle trop souvent. Étrange quand même ! Voilà des gens qui prennent des lois liberticides dans le seul but d’étouffer l’opposition, qui emprisonnent pour leurs opinions, des acteurs politiques, des journalistes, des défenseurs des droits humains et des syndicalistes, et au final se gargarisent de ce qu’il n’y a plus d’opposition. Étrange quand même ! Voilà des gens qui exercent le pouvoir depuis 54 ans, et même depuis 17 ans, et se disent fiers du travail qu’ils font, alors même qu’ils n’ont pas construit un seul hôpital de référence, une seule université digne de ce nom et que les centres de santé sont plus des mouroirs que des lieux de traitements et de guérisons. Ils commencent à peine à réaliser quelques modestes routes et c’est devenu la chanson de leur réussite, alors que ces réalisations sont de qualité douteuse et sont gangrenées par la corruption, à l’exemple de la route Lomé-Vogan. Étrange quand même ! ».

On peut bien comprendre le courroux du Président du Parti des Togolais, Nathaniel Olympio, avec cette réaction titrée « Le cynisme au Togo atteint le paroxysme avec le régime », suite à la sortie de Charles Kondi Agba. Loin d’être une excuse de ses travers et tares éternelles, l’opposition togolaise est à l’image de ce que veut le régime. Lorsqu’on déploie tous les moyens – institutionnels, justice, armée, argent et autres – pour confiner son opposition politique – et non armée -, on la réduit de facto au silence et il n’y a que les durs qui y restent. La preuve ultime, la plupart des opposants, après des années de tribulations, choisissent de rejoindre les oppresseurs afin d’assurer leurs vieux jours. L’exemple le plus patent et d’actualité, c’est sans doute celui de Gilchrist Olympio. Après des années à affronter le pouvoir, il a fini par pactiser avec lui.
L’incident de samedi au siège de la Convention démocratique des peuples africains (CDPA) à Gbenyedi a apporté de l’eau au moulin de Nathaniel Olympio et démenti du coup le fameux sage Charles Kondi Agba. Il s’agit des entraves à une réunion de la Dynamique Monseigneur Kpodzro (DMK). Des forces de l’ordre ont été déployées sur les lieux pour empêcher la tenue de cette activité n’ayant rien de subversif, mais entrant dans le cadre des activités régaliennes d’un parti politique . Décidément , ce regroupement est devenu une cible à abattre. Une tentative similaire avait été menée lors de la récente conférence de presse au CESAL. Voilà donc le genre de régime qui régente le pays. Et donc on a toutes les raisons de s’étonner de cette sortie sur fond de reproches à l’opposition de la part de Charles Kondi Agba. C’est en tout cas trop facile de culpabiliser l’opposition de se murer dans le silence, d’abandonner, avec toutes les actions déployées pour la réduire au silence. Qui veut noyer son chien, l’accuse de rage, dit-on…

E. Godswill