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Diplomatie du business au Togo: Marc Vizy, cet inénarrable ambassadeur que les Togolais ne regretteront point

Diplomatie du business au Togo: Marc Vizy, cet inénarrable ambassadeur que les Togolais ne regretteront point

 Godswill

 

Le Togo a retrouvé une tranquillité politique ? Ces affirmations sont de l’inénarrable ambassadeur français, Marc Vizy. Les nièmes de ce diplomate au cours de son séjour au Togo où il n’a jamais caché son parti pris pour les pourfendeurs du peuple en lutte pour l’alternance. Un ambassadeur que les Togolais ne devraient pas regretter, mais alors pas du tout.

         Sa mission était officiellement finie depuis juin et il jouait en fait le temps additionnel. Selon les informations, il devra être remplacé par Mme Jocelyne Caballero, conseillère des affaires étrangères, ancienne ambassadrice en Andorre et représentante permanente de la France auprès du Conseil de l’Europe à Strasbourg. C’est en perspective de son départ que Marc Vizy s’est rendu, mercredi, à la Primature pour dire au revoir au maitre de céans. Mais comme tout au long de son séjour  au Togo, il n’aura pas fait des efforts pour laisser un seul souvenir impérissable dans la mémoire collective des Togolais.

Tranquillité politique, dites-vous ?

« Je suis à la fin de mon mandat ici au Togo, d’ici la fin du mois, je quitterai le Togo avec beaucoup de tristesse parce que le pays m’a beaucoup plu et je pense avoir passé un séjour amical et fructueux. Le Premier ministre m’a reçu très chaleureusement. Une rétrospective des événements qui se sont passés fin 2017 qui se sont finalement traduits par une série d’élections, législatives, municipales et présidentielle », a dardé Marc Vizy au sortir de son audience avec Selom Komi Klassou, avant de planter la banderille : « Aujourd’hui, le pays a retrouvé une certaine tranquillité politique ».

Face à ces propos, certains Togolais se demandent si le diplomate français parle bien du Togo des Gnassingbé. Les déclarations de Marc Vizy sont ressenties comme un scandale par le commun des Togolais, et légitimement. Il suffit de voir les réactions sur les réseaux sociaux pour se rendre à l’évidence. Sous d’autres cieux, les réactions auraient peut-être franchi les limites des réseaux sociaux. Parler de tranquillité politique avec la situation actuelle que vit le Togo relève d’une cocasserie inimaginable. Bien plus, c’est une insulte à l’intelligence du peuple togolais lorsqu’on considère la situation de morosité actuelle sur le plan politique.

Depuis la tenue de l’élection présidentielle du 22 février 2020, le Togo vit une situation inédite, conséquence du contentieux issu du scrutin dont le vrai résultat des urnes est manifestement détourné au profit de l’éternel vainqueur. Agbeyomé Kodjo, convaincu de sa victoire et qui la réclame avec force, est contraint de prendre le maquis, pour sauver sa vie. La justice et toutes les institutions de la République ont été mises à ses trousses. C’est l’une des toutes premières fois qu’un contentieux électoral devient une affaire judiciaire et le concurrent poussé à l’exil.

Tout porte à croire que le « Prince » est le grand gagnant dans ce bras de fer, puisqu’il a contraint son adversaire à prendre le maquis. Mais cette situation est loin de l’arranger. Depuis son maquis, Agbeyome Kodjo met en œuvre sa stratégie de torpillage de la politique de Faure Gnassingbé, en procédant régulièrement à des nominations d’ambassadeurs. Le commun des observateurs s’interroge sur la portée de ces actes, mais ils ne sont pas moins embêtants pour le régime de Lomé, surtout que certaines puissances occidentales comme les Etats-Unis avaient pris fait et cause pour le « Président démocratiquement élu ». Comme signe de la gêne, le « champion » du 4e mandat a du mal à former son gouvernement et jouir de sa victoire (sic).

Ils sont de plus en plus nombreux, les opposants togolais à être poussés à l’exil. A part Agbeyome Kodjo dernièrement, il y a Tikpi Atchadam, le leader du Parti national panafricain (PNP). Que dire de l’ancien ministre de l’Intérieur François Boko, aujourd’hui avocat au barreau de Paris, empêché de rentrer dans son pays ? Pendant ce temps, des militants de l’opposition sont détenus pour leurs convictions politiques. Les nouveaux maires élus, depuis plus d’un an, sont sevrés de moyens pour mettre en œuvre leurs ambitions pour le développement local des communes. Parler de tranquillité politique dans ces conditions est on ne peut plus cocasse.

Marc Vizy, un ambassadeur gaffeur

Une certaine presse lui trouve des vertus. Elle  le dit « simple, jovial et décontracté » et prétend même que le Togo le regrettera pas. S’il y en a qui regrettera son départ, ce serait sans doute Faure Gnassingbé dont il aura été l’autre griot blanc.

En effet Marc Vizy se sera illustré comme l’un des plus griots, pour ne pas dire le plus griot blanc de Faure Gnassingbé depuis son arrivée au pouvoir dans les conditions que l’on sait. Dans les milieux diplomatiques, on le présente comme l’ambassadeur le plus fan du « Prince » au sein du Groupe des 5. Alors qu’en tant que représentant du monde civilisé, il devrait enseigner les vertus démocratiques, il a plutôt pris le parti des oppresseurs du peuple togolais en lutte depuis trois décennies pour l’alternance. D’aucuns croient dur comme fer qu’il a minimisé la crise politique togolaise et ne ferait pas des rapports réalistes de la situation à ses mandants de Paris.

Marc Vizy n’aura pas marqué positivement la presse togolaise, notamment celle indépendante. Au sujet de la crise politique de 2017 par exemple, l’ambassadeur français s’était fendu de déclarations scandaleuses, laissant entendre qu’il n’y avait rien et que c’est la presse qui exagérait. Alors qu’il vient d’un pays qui se prétend la terre des libertés, le diplomate français a eu en aversion la presse critique qu’il aura participé à martyriser durant tout son séjour. C’est lui qui est à l’origine de la suspension des journaux Liberté et L’Alternative. C’est encore Marc Vizy qui a été derrière la plainte du Directeur de la Brasserie contre un confrère devant la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication…

Marc Vizy se sera illustré comme le plus griot des ambassadeurs français connus. Son parti pris constant – gratuit ? – en faveur de Faure Gnassingbé le rapproche assez bien d’un diplomate, lui allemand. Il s’agit de Volken Berreishem…« Où en Afrique vous avez sur le plan politique, de la paix, du processus de démocratisation, du développement économique, un seul pays qui fait mieux que le Togo ? », s’était permis l’ambassadeur allemand, en marge d’une visite au Togo juin 2015 de Günter Nooke, représentant personnel de la chancelière pour l’Afrique.

Marc Vizy, au demeurant, n’aura rien fait pour laisser un seul souvenir impérissable dans la mémoire collective des Togolais. D’aucuns pensent qu’on lui aura jeté un mauvais sort afin qu’il ne dise ou ne fasse rien de positif avant de s’en aller… Avec ses dernières déclarations, on peut bien comprendre pourquoi généralement en Afrique, la France est tant haie par les peuples, jusque dans le sport. Une chose est certaine, le peuple togolais ne regrettera point le départ de Marc Vizy, mais alors pas du tout.  Et certains ont presqu’envie de dire : bon débarras !

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