Gouvernance, décrispation, amnistie, décentralisation, vie chère…: les observations et propositions pertinentes des FDR

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Les Forces démocratiques pour la République (FDR) se sont prononcées sur l’actualité sociopolitique du Togo. C’était au cours d’une conférence de presse organisée le mercredi 10 août dernier, au siège du parti sis à Hédzranawoé à Lomé. Terrorisme, gouvernance politique et frustrations, entraves au libre exercice des partis politiques, décentralisation, vie chère, union de l’opposition, Me Dodji Apevon et ses partisans ont abordé toutes les questions, sans détour et faux-fuyant. Et surtout assorti leurs interventions de pistes de solutions aux différentes problématiques.

Décrispation, révision du cadre électoral, amnistie, respect des libertés…

Le fléau du terrorisme a retenu l’attention des FDR, qui ont d’ailleurs participé à la rencontre d’échanges entre le Premier ministre Victoire Tomegah-Dogbe et la classe politique le jeudi 4 août dernier. Saisissant l’occasion de cette conférence de presse, le parti a réaffirmé la nécessité d’une lutte collégiale contre le fléau et sa disponibilité à cette fin. Mais l’une des conditions sine qua non, c’est la cohésion nécessaire entre le gouvernement, la classe politique et les populations. Une disposition loin d’être remplie. La formation politique fustige même la démarche et les frustrations savamment créées par le pouvoir en place  avec  sa gouvernance.

« A voir la manière dont le problème est abordé, la grande question est de savoir si nos gouvernants ont réellement pris conscience que le tissu social dans notre pays est en lambeaux et qu’il faudra engager des actions vigoureuses et courageuses pour le recoudre en vue d’une vraie cohésion nationale. La cohésion sociale n’est qu’un mirage depuis des décennies et les tenants du pouvoir n’en font état que pour bluffer. Le vivre-ensemble est foulé au pied », font observer les FDR, dans une déclaration présentée par le chargé à l’organisation, Moïse Koulekpoto, dénonçant des frustrations créées.

Le parti pointe du doigt, par exemple, les entraves au libre exercice des activités régaliennes des partis politiques sous  prétexte  de lutte contre la propagation du virus du coronavirus et le terrorisme, entre autres. « Comment les mêmes gouvernants peuvent-ils logiquement feindre d’ignorer le grave climat de terreur qu’ils ont institué et déployé contre ceux qu’ils ont invités et qui ne sont pas des ennemis, encore moins des criminels à abattre, pour leur parler de cohésion nationale ? », s’interrogent Me Dodji Apevon et ses partisans.

Autres facteurs ou éléments  de frustrations relevés, le climat de terreur instauré par les gouvernants, les arrestations et détentions arbitraires d’acteurs politiques, de la société civile et de syndicalistes, l’exil de certains politiques, les violences physiques et verbales, les condamnations iniques qui traduisent «une volonté d’étouffement de toute contestation et de faire disparaitre toute opposition à leur règne despotique », les élections et « leur cortège de répressions sauvages et d’arrestations arbitraires ».

« Comment les mêmes gouvernants peuvent-ils logiquement feindre d’ignorer le grave climat de terreur qu’ils ont institué et déployé contre ceux qu’ils ont invités et qui ne sont pas des ennemis, encore moins des criminels à abattre, pour leur parler de cohésion nationale ? », s’interrogent les FDR. « La cohésion nationale ne se décrète pas. Ce n’est pas une question de slogans. Ce n’est pas non plus par une incantation qu’on la crée», a fait savoir le parti, en dénonciation de la cohésion nationale factice décrétée par le gouvernement suite à la rencontre du jeudi 4 août dernier sur le terrorisme et vantée vis-à-vis de l’opinion nationale aux fins de ripoliner son image. Et de formuler la recette pour une décrispation et l’effectivité de cette cohésion.

Les FDR exhortent en effet à l’apaisement et à la décrispation à travers des actes divers. «Pour créer un climat apaisé dans le pays, les gouvernants doivent impérativement rétablir l’équité dans l’organisation des élections pour donner une chance égale à tous, qui passe nécessairement par la révision profonde du cadre électoral et le renoncement à la fraude, la tricherie et à la manipulation des résultats des votes, sources de réelles frustrations », suggère le parti. Toujours aux fins de d’apaisement politique, croient fermement les FDR, «la première mesure à prendre par le chef de l’Etat pour la décrispation du climat politique dans notre pays en vue d’un début de cohésion nationale est une loi d’amnistie pour permettre à tous les prisonniers venant des partis politiques, de la société civile et des syndicats de sortir de leur détention et à tous les exilés de rentrer au bercail ».

Respect des maires et plus de moyens aux communes

La décentralisation mise en œuvre au Togo, c’est un secret de Polichinelle, est une décentralisation sur mesure. D’aucuns parlent de décentralisation frelatée, les FDR, elles, la qualifient de sur mesure et en coupes réglées. Le parti dénonce un « processus exécrable », l’«inexistence totale de moyens pour les communes », « les révisions en cascade de la loi sur la décentralisation » et dit comprendre « aisément les desseins inavoués du pouvoir RPT-UNIR d’avoir une décentralisation en coupes réglées, en totale contradiction avec les règles et principes en la matière».

Les FDR fustigent l’illustrent par divers actes du pouvoir en place dont la création du District autonome du Grand-Lomé (DAGL) pour supplanter les maires de la capitale dans leurs prérogatives. « La création du DAGL illustre sans ambiguïté le refus notoire du régime en place d’une vraie décentralisation et surtout sa volonté de soumettre les conseils municipaux du Grand-Lomé à l’autorité d’un exécutif nommé et agissant sur les injonctions du gouvernement à travers le ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et du Développement des territoires. Par ces manœuvres sordides, le pouvoir instaure une confusion et un cafouillage monstre dans la gestion du Grand-Lomé (…) Comment les populations du Grand-Lomé pourraient-elles exiger des comptes au Conseil exécutif du DAGL qu’elles n’ont pas élu ? Il s’agit-là d’une grave violation du droit des administrés », peste le parti de Me Dodji Apevon,  décelant une « volonté manifeste » du gouvernement de  « bafouer les principes de base de l’état de droit et de la démocratie, gage de développement » en « excluant des millions de concitoyens de la participation à la gestion des affaires publiques locales ».

Les FDR constatent également un refus du pouvoir de respecter les prérogatives des maires et en veulent pour dernière preuve la modification, le 30  juin dernier et à la demande du gouvernement, de la loi sur la décentralisation « dans le seul but de dépouiller les conseils municipaux du Grand-Lomé de leurs prorogatives, notamment celles relatives à l’adressage des rues », suite à l’initiative de la commune du Golfe 4 de rebaptiser certaines rues de son ressort territorial sur la base de l’article 82 de ladite loi. «Le régime en place montre clairement à l’opinion nationale et internationale que les lois de la République ne signifient absolument rien à ses yeux et qu’elles peuvent être constamment violées et charcutées au gré de ses intérêts partisans», fait observer la formation politique, fustigeant aussi l’obligation faite aux maires d’obtenir l’autorisation du ministre de tutelle avant toute sortie du territoire au risque d’être destitué, le refus de doter les communes de moyens financiers et techniques conséquents…

Autre manifestation de la décentralisation sur mesure, le refus de donner les moyens financiers et techniques nécessaires aux maires pour faire leur travail. « La loi sur la décentralisation prévoie que l’Etat transfère des moyens financiers et techniques aux communes. Les six milliards (6.000.000.000) de francs CFA affectés aux 117 communes à travers le Fonds d’appui aux collectivités territoriales (FACT) ne constituent que des miettes au regard des nombreux besoins d’investissement et de fonctionnement de ces communes. Comment dans ces circonstances, les communes dont la plupart ne disposent pratiquement pas de ressources propres peuvent-elles mener à bien leurs actions de développement en faveur des populations ? », se demande la formation politique, dénonçant également les manœuvres du gouvernement à travers l’Agence nationale du développement à la base (ANADEB) à qui il a confié la gestion  d’une partie des dotations affectées aux investissements dans les communes et surtout son interférence « de manière outrancière dans la gestion de ces fonds ».

Les FDR ne comprennent pas que le régime veuille au même moment organiser des élections régionales qui pourraient coûter aux contribuables togolais près de 16 milliards de FCFA selon l’association  »Veille économique », « dans la seule et vraie perspective de la mise en place d’un Sénat qui n’apportera rien au développement de notre pays, bien au contraire ». Sur ce Sénat, le Président national des FDR l’a martelé, « une assemblée nationale suffit pour régler les problèmes du Togo, on n’a pas besoin de Sénat».

Pour cette formation de l’opposition, « la décentralisation est en péril dans notre pays », et d’inviter instamment le pouvoir à « mettre fin à l’infantilisation des maires, à toutes les manœuvres qui hypothèquent dangereusement l’avenir de la décentralisation dans notre pays », à respecter les prérogatives des maires, à donner plus de moyens financiers aux communes afin qu’elles déploient leurs projets de développement au profit des populations et luttent efficacement contre la pauvreté endémique au Togo. Le parti a également tenu à interpeller à ce sujet les partenaires en développement qui accompagnent le processus de décentralisation au Togo à « intervenir auprès du gouvernement afin de faire cesser ces dérives autocratiques qui risquent d’annihiler tous les efforts consentis ».

8 mesures pour lutter contre la vie chère

La vie chère, ce fléau caractérisé par l’inflation tous azimuts, l’érosion du pouvoir d’achat déjà faible des populations qui rythme leur vie quotidienne et les tient du bout du nez, n’a pas été occulté.  Pour Me Dodji Apevon et les siens, le gouvernement corse l’addition aux Togolais de par ses  décisions suicidaires et impopulaires. Comme la hausse des prix des produits pétroliers à la pompe – les rumeurs alertent sur une nouvelle augmentation dans les tuyaux-, des frais de péages, l’instauration de la Taxe sur les véhicules à moteur (TVM).

« Au lieu de prendre de véritables mesures susceptibles de soulager la souffrance des populations confrontées à la misère, le gouvernement prend plutôt des décisions économiques qui menacent dangereusement la survie de la majorité de nos concitoyens. Il s’agit, entre autres, de la double hausse du prix du carburant en l’espace de quelques mois, de l’augmentation excessive des tarifs de péage avec des répercussions négatives sur les frais de transports des produits de grande consommation », ont déploré les FDR. Ailleurs, les gouvernants prennent des mesures urgentes et d’impact manifeste pour alléger la souffrance à leurs gouvernés. Comme en Côte d’Ivoire avec Alassane Ouattara qui a pris une batterie de mesures sociales à l’occasion de la célébration du 62e anniversaire de l’indépendance du pays le 7 août dernier, au Bénin avec Patrice Talon et au Sénégal avec Macky Sall.

Pour endiguer ce fléau de la vie chère, les FDR formulent des propositions pertinentes à même d’impacter positivement le vécu des populations. Huit (08) en tout. Il s’agit de : suspension provisoire des tarifs de péage ou leur réduction de moitié ; réduction conséquente de la Taxe sur les véhicules à moteur (TVM) ; relèvement de la subvention des produits pétroliers, ce qui entrainera la baisse du prix du carburant à la pompe ; baisse des taxes à l’importation sur les produits de premières nécessités ; relèvement du Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) ; augmentation des salaires des travailleurs de tous les secteurs ; réduction du train de vie de l’Etat ; lutte contre la corruption à travers des mesures concrètes.

Les gouvernants seront-ils réceptifs à ces pistes de solutions proposées ? La question reste posée. Les FDR sont tout de même certaines, la prise en compte de ces observations et la mise en œuvre des propositions sont à même de «recréer entre les acteurs politiques, la société civile, les forces de sécurité et de défense et l’ensemble des populations, un nouveau climat de confiance, seul susceptible de provoquer une vraie réconciliation ». La formation politique a tenu à avertir que « s’ils continuent de marginaliser et de mépriser l’opposition, d’utiliser la violence et les intimidations pour étouffer toute contestation, de refuser la transparence des élections, de poursuivre une gestion économique opaque du pays avec ses corolaires de corruption et de pillage, d’appauvrir les populations, ils auront du mal à créer les conditions d’une réelle cohésion nationale ».

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