Hygiène menstruelle : difficile retour aux protections réutilisables malgré les dommages des serviettes jetables

Les règles. Ce phénomène naturel de la vie féminine demeure encore tabou en ce siècle présent aux quatre coins de la planète. Les pesanteurs socioculturelles et économiques faisant. En moyenne 2280 jours, c’est le temps qu’une femme passe dans sa vie à avoir ses règles. A raison de cinq jours en 456 mois, soit en 38 années de vie fertile. L’hygiène menstruelle passe donc par une protection sûre, mieux, respectueuse de l’environnement et économique pour éviter en se protégeant d’attraper des maladies infectieuses.

Sur le marché, il existe aujourd’hui deux catégories de protections intimes. Il s’agit des protections intimes internes (par insertion) pour absorber les flux menstruels qui sont les tampons à usage unique et les coupes menstruelles réutilisables. Et les serviettes hygiéniques et les protège-slips, des protections intimes externes, à usage unique ou réutilisables. Les serviettes périodiques existent de toutes sortes en termes de qualité et à différents prix. Au Togo, selon les moyens et préférences, une femme dépense en moyenne pour un paquet de serviettes au moins 250 CFA et au plus 7200 FCFA pour obtenir une protection menstruelle. Certaines privilégient la méthode de grand-mère (l’usage de tissu réutilisable) et les raisons de l’adoption de l’une ou l’autre pratique divergent et a ses avantages et inconvénients chacune.  « J’utilise les serviettes périodiques et non les morceaux de pagne. C’est plus pratique. Il me faut dépenser 1000 FCFA par mois », fait savoir Chantal, une jeune dame.

« Moi, je ne peux plus utiliser le tissu comme serviette de protection. J’ai les moyens de m’acheter les jetables », renchérit une autre adepte du moyen moderne. Si la question de la praticité des serviettes jetables est le premier argument évoqué par les utilisatrices, l’effet mode n’est pas à négliger. Mais, c’est souvent sans penser à la garantie sanitaire qu’offrent certaines d’entre elles. Souvent composer de manière synthétique l’usage de certaines serviettes périodiques est source de maladies gynécologiques.

En France, les essais de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) ont révélé la présence de substances chimiques dans les tampons, les coupes menstruelles, les serviettes hygiéniques et/ou les protège-slips. L’agence cite : du butylphénylme´thylpropional ou BMHCA (Lilial), des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), des pesticides (glyphosate), du lindane, de l’hexachlorobenzène, du quintozène et des phtalates de dinoctyl (DnOP). Dans son rapport de 2016 révisé en 2019, elle reconnait que ces substances pourraient agir comme des perturbateurs endocriniens. Toutefois, c’est, selon elle, « sans dépassement des seuils sanitaires ».

Cependant, à l’usage, toutes les serviettes périodiques jetables ne procurent pas essentiellement « protection et confort », comme le prétend Abla, une autre utilisatrice. Certaines, en raison de leurs composantes, sont sources de maladies infectieuses et de pollution environnementale. Les matériaux entrant dans la fabrication de certaines serviettes périodiques ne sont pas tous respectueux de la santé. Ce sont des produits de nature synthétique de type polyoléfines; du superabsorbant (SAP) alliant des processus chimiques pour blanchiment, polymérisation, collage,  entre autres.

Problèmes sanitaires et pollution environnementale

Les serviettes inadéquates sont sources de plusieurs malaises et infections. Inconfort, démangeaisons, irritations, éruptions cutanées, brûlures au niveau de la vulve, allergies sont souvent enregistrés après utilisation de certaines gammes de serviettes périodiques. L’exposition directe des tissus vaginaux aux produits chimiques est l’une des causes. Outre ces désagréments, le non-respect de la périodicité de changement des protections (tampons et serviettes) expose à des risques d’infections bactériennes. Faute d’aération, les bactéries se reproduisent dans le sang lors du port d’une même serviette toute la journée.

La pollution par les serviettes usagées est réelle et inquiétante. Annuellement, une personne menstruée peut utiliser environ 290 protections périodiques jetables. C’est énorme quand on imagine juste ce que représente ce poids sur l’environnement en considérant plus de 30 années de vie fertile par femme. Après utilisation, les protections menstruelles jetables et leurs emballages en plastique finissent leurs vies à la poubelle et donc dans la nature. Pour inévitablement être incinérés ou enfouis. Pourtant, ces modes de traitement des déchets sont plus polluants pour l’air, les sols et propices à l’émission de gaz à effet de serre. Dans la nature, faut-il le rappeler certaines protections menstruelles se dégradent 500 à 800 ans après.

« Nous ne sommes pas que des vendeurs au niveau de la production, mais aussi surtout dans le changement des mentalités, de comportements pour aller vers des alternatives plus saines», Elsa M’béna.

Pendant la menstruation, afin de mieux se protéger, minimiser les dépenses et soulager l’environnement, plusieurs alternatives existent (serviette réutilisable, culotte menstruelle, lingette d’hygiène intime…) Le choix des serviettes périodiques doit être autant soucieux de la santé que de la nature. Ces importants aspects sont pris en compte par plusieurs initiatives. Au Togo, Mme Elsa M’béna, spécialiste genre, santé sexuelle et reproductive, promeut les serviettes réutilisables YANIS-LOTIYÉ.  Nous l’avons interrogée. Lecture !

Une brève présentation de votre parcours?

Je suis Elsa M’béna, Spécialiste Genre, santé sexuelle et reproductive. Entrepreneure sociale promotrice des serviettes hygiéniques lavables au Togo, activiste féministe.

Qu’est-ce qui vous a poussée à penser à la confection des serviettes ?

C’était avant tout pour satisfaire un besoin personnel, puis celui des femmes de ma famille. Avec la progression, je me suis rendu compte en fait que beaucoup plus de femmes que je ne l’imagine avaient un problème d’accès à des protections de qualité. C’est de là que c’est devenu un devoir pour moi en tant qu’activiste de rendre l’accès possible.

Le retour est-il satisfaisant

Le retour est très satisfaisant.  Le témoignage d’une cliente m’avait vraiment touchée. Selon elle, c’est une vie qu’on est en train de sauver, sa vie à elle, et elle m’a demandé la permission de me serrer dans ses bras pour cette solution que j’ai rendu accessible au Togo. Ce n’est pas facile aux jeunes dames déjà habituées à d’autres choses de revenir aux serviettes réutilisables à laver. Nous ne sommes pas que des vendeurs au niveau de la production mais aussi surtout dans le changement des mentalités, de comportements pour aller vers des alternatives plus saines.

Cela répond-il aux normes hygiéniques ?

De par la composition de nos serviettes, elles répondent complètement aux normes sanitaires et hygiéniques dans le sens où nous les fabriquons avec des matériels qui respectent le corps de la femme, l’environnement. De surcroît, économiques et accessibles à la femme lambda togolaise. Je rappelle que nos serviettes menstruelles sont des protections hygiéniques que le   ministère de la Santé a reconnues comme meilleure protection pour la menstruation.

Quelles sont ses avantages  écologiques

De par leur composition, comme je l’ai tantôt dit,  nos serviettes répondent complètement dans le sens où c’est fait avec les matériels biodégradables. De par l’aspect réutilisable sur deux ans, ça fait moins de serviettes à déverser dans la nature. De surcroît, c’est biodégradable, ça se dissout si vite dans la nature, comparé aux jetables non biodégradables qui mettent 400 à 800 ans pour se dégrader. Les nôtres mettent environ 6 mois pour ce faire. C’est assez dégradable. Il faut dire que la quantité de déchets produite par les femmes est complètement réduite grâce aux serviettes réutilisables que nous produisons. Tu as tes paquets de serviettes que tu vas utiliser sur au minimum 2 ans. Ce qui fait que tu ne jettes plus chaque mois 15 à 20 unités de serviettes en tant que femme dans la nature. Et quand on multiplie rapidement par le nombre de femmes dans le monde en âge menstruel, on se rend compte que 40 milliards sont le nombre de serviettes que nous déversons dans la nature. Plus nous passons aux réutilisables, moins sera ce nombre en fait.

Tout récemment, vous avez bénéficié d’un fond d’accompagnement concernant votre activité. Est-il un signe de reconnaissance ?  Si oui, que comptez-vous faire pour plus de sensibilisation autour de cette noble cause tant écologique surtout sanitaire à l’endroit des jeunes filles et femmes ?

Récemment, nous avons été des lauréats du prix « TotalEnergies ». Vraiment, c’est plusieurs années de travaux que je considère être récompensées par ce prix. Ce sont également des encouragements. On a fait du chemin. On est quelque part aujourd’hui. Mais ce prix fait continuer notre chemin. Cette subvention, je pense, nous permettra d’acheter du matériel plus sophistiqué pour augmenter notre capacité de production pour tenter de couvrir encore un plus grand nombre de terrain au niveau national comme international et réduire le prix unitaire de nos produits pour les rendre plus accessibles. Cela nous permet également de faire des actions sociales comme nous en avons l’habitude pour en distribuer dans des coins soit à moitié prix ou complétement gratuits aux nécessiteuses et aux plus vulnérables.