La CEDEAO est-elle encore un syndicat du crime au Togo ?

« Les exigences d’un grand peuple sont à l’échelle de ses malheurs ». Cette idée de Charles de Gaulle, laissée dans ses Mémoires de guerre, est une incitation pour les Togolais à batailler ferme pour conjurer les crimes électoraux dans notre pays. La mobilisation solidaire du corps social en plusieurs regroupements pour un même objectif de clarté, de justice et d’équité dans l’organisation des consultations populaires est d’une rigidité à chasser la récidive, les fantômes des scrutins criminels au Togo.

La solidarité synchronique de la Conférence des Évêques du Togo avec les exigences de la société civile comme Togo-Debout, Espérance pour le Togo et les partis politiques de l’opposition en C14 pour une transparence électorale et la vérité des urnes donne une alerte à l’Organisation sous-régionale pour sortir de l’inertie de connivence face aux transgressions autoritaires et insensées d’une dynastie aux crimes multiples dans notre pays.

L’esprit national, dans sa souveraineté ascendante, est l’œuvre ou plutôt il est sur pied de guerre qui n’autorise plus un accompagnement des libertins du régime qui se moquent de tout le monde avec l’audace du viol, du faux et des subterfuges pour conserver à n’importe quel prix le pouvoir. Leurs ordures conceptuelles de l’Etat jettent toujours au visage de l’humanité le sang des coups de force.

L’élévation nationale est au galop dans notre redressement pour cirer notre dignité, parce que nos aspirations à la liberté, à la démocratie, pour un partage solidaire de nos richesses ne sont ni négociables, ni échangeables avec quelques promesses de roublards. Sortons des falaises de la honte qui nous ont si longtemps courbé la tête. Nous voulons être plus grands que nos tragédies électorales qui se sont succédé idiotement dans notre pays par razzia ou par excès de confiance à la puissance régionale ou encore par le recul face à la machine à tuer.

Notre conscience d’airain est notre puissance qui met fin aux supplices électoraux. Si nous ne pouvons pas bondir au podium de la modernité et de la transparence électorale, il ne vaut plus la peine d’accepter la farce d’un scrutin aux résultats tronqués dont les conséquences basculeraient tout le pays au cratère de l’adversité et des crimes de masse. La responsabilité de la CEDEAO engagée dans l’équité et la transparence électorale ne peut être laxiste, partielle, partiale à chaque étape de la feuille de route qu’elle a elle-même conçue, tracée, élaborée.

Comment peut-on s’affirmer comme responsable dans le règlement d’une crise et le paraître ?

Si la promptitude réactive de la CEDEAO face à la forfaiture n’est pas au cœur du Comité de suivi de la feuille de route, que nous est-il permis d’espérer ?

 

1) Les effractions électorales au Togo et l’accompagnement inique de la CEDEAO

On ne peut pas aborder les éléments de la crise actuelle au Togo sans parler du rôle proprement néfaste de l’Organisation sous-régionale dans la trame d’une succession dynastique du rejeton d’Eyadema. L’aval inconditionnel de la CEDEAO à un coup d’Etat électoral après un double coup d’Etat constitutionnel et militaire de Faure Gnassingbé n’a provoqué qu’un séisme en tuerie de masse  avec ses handicapés à vie, ses déplacés, ses exilés dont certains ne sont jamais rentrés pour cause de traumatisme sévère.

Pourtant, en 2005, de dignes fils d’Afrique s’élevaient de leur terrasse de météores pour lire l’horizon brumeux de cette succession dynastique et  le supplice électoral qui se tramait pour imposer aux Togolais celui que le peuple rejetait massivement pour cause de coup d’Etat constitutionnel et militaire. Alpha Omar KONARE, Président de la commission  de l’Union Africaine, mettait déjà l’Afrique en garde pour cette érosion du sens éthique, politique et moral. François Akila-Esso BOKO, ancien ministre de l’Administration territoriale avait aussi donné l’alerte de l’hécatombe électorale. Mais la CEDEAO, dans sa folie de soutien à la dynastie des GNASSINGBE, a plutôt donné un fouet monstrueux à la tragédie électorale pour un fauteuil princier au Togo.

De ce volcan des massacres à la suite des contestations des faux résultats, identifiés huit cent onze Togolais immolés au pied de Faure GNASSINGBE et les enquêtes onusiennes dénombraient cinq cent tués. Les faits de l’histoire et le jugement implacable qui en découle doivent nous donner de nouvelles orientations, des déductions sensées et une vision autre pour ne pas sombrer dans la récidive.

«L’enfant prodigue» de la perversion du sens qu’on a voulu, à n’importe quel prix, faire succéder au père sait que le pouvoir se maintient comme il se conquiert. En treize ans de règne, nous n’avons jamais connu des élections propres, équitables, incontestables au Togo et son régime de répression féroce enregistre des infanticides, des crimes abominables avec une indigence aggravée des populations devant lesquelles le «Timoniertricule» se justifiait par l’absurde en affirmant: «Une minorité accapare la richesse du pays».

Dans Dramous, Camara Laye écrit: « Souffrir, cela passe. Avoir souffert, cela reste collé dans l’âme de l’homme ». En cinquante et un an, ce que les règnes du père et du fils ont montré aux Togolais est une succession de crimes, des tueries aveugles, des crimes économiques, des crimes de masse, une guillotine de la justice, un travestissement de la personnalité togolaise.

L’aplasie réactive de la CEDEAO pour un redressement à la normalité électorale au Togo, pendant qu’elle a accouché d’une feuille de route pour une sortie définitive de la crise, est un quitus à des aises de viol des exigences de parité et l’inclisivité dans les préparatifs électoraux. Nous sommes au stade d’une trahison crue! Nous avons le vif sentiment que la CEDEAO gémit, à demi- écrasée par une dynastie  licencieuse qui poursuit sa route solitaire et unilatérale pour des législatures dont elle nommera ses propres gagnants.

Le protocole additionnel de la CEDEAO sur la démocratie, la gouvernance, l’alternance politique est un paillasson sur lequel le «Prince» et son régime essuient leurs pieds gorgés de sang ; la feuille de route de la CEDEAO n’est qu’un chiffon et la révision constitutionnelle de son représentant Alioune Badara FALL est une plaisanterie (sic) parce que le Togo n’est pas une colonie du Sénégal, tout comme Mark Damehame adressait à l’endroit du facilitateur désigné par la CEDEAO  « Le Togo n’est pas une colonie du Ghana ».

Les timidités morbides de la CEDEAO face  à toutes les impostures, à toutes les forfaitures se succèdent comme si elle avait un appétit de vivre sur les crimes au Togo. L’autorité périt dès qu’elle ne peut exiger l’exécution  de ses ordres et la justice pour laquelle elle s’engage. Le prestige devient une couronne qui roule dans le sable à mesure que le laxisme décrédibilise la valeur de l’autorité. Les mauvais choix de l’autorité ont toujours des conséquences désastreuses. Nous comprenons parfaitement à ce sujet Montesquieu dans les Lettres persanes lorsqu’il dit: « Il n’y a pas  de mal plus grand et des suites plus funestes que la tolérance d’une dynastie qui se perpétue dans l’avenir».

 

2) Une évolution non inclusive et non paritaire pour quelle élection au Togo?

Les   grands regroupements de la société civile comme Togo-Debout, Espérance pour le Togo, la  Conférence des Evêques du Togo  tout comme la Coalition des quatorze partis politiques ( C14) s’étonnent de l’inertie légendaire de la CEDEAO et de l’aval d’Alpha CONDÉ aux tenants de l’ordre dynastique dans le viol flagrant des exigences de l’organisation sous-régionale contenues, noir sur blanc, sur une feuille de route. Les jalons pour une élection équitable, transparente, claire, juste sont un pari qui éviterait au Togo de nouvelles férocités de répression dont personne ne peut prévoir l’ampleur et les éclaboussures de la zone CEDEAO.

La vigilance aurait été une surveillance étroite dans l’exécution intégrale des termes des ordonnances communautaires du sommet du 31 juillet  dernier. Le recadrage des violeurs souffre de la promptitude de la CEDEAO  à faire respecter les conclusions d’un sommet d’une part ; et d’autre part, des torpilleurs et des faux monnayeurs  de  la facilitation font un écran de protection à la dynastie de la rapine.

La rapine électorale à laquelle s’est habituée la minorité qui nous gouverne est encore à l’oeuvre dans l’organisation unilatérale du recensement et dans des actes de la CENI, en officine de verrouillage de la tricherie qui se précipite à convoquer un coup électoral de sa fabrique au mépris de tout bon sens et des dispositions d’une feuille de route aux gardes-fous minimaliste, mais claire.

Ce surréalisme de tactique d’effraction des normes et sillons de  la CEDEAO a pour objectif de prendre de vitesse  la C14 et la CEDEAO dans une fourberie bavante, parce que le RPT/UNIR n’avance qu’en tournant le dos au but, aux recommandations, aux accords, à  la Constitution et aux lois de la République. Dans son tourbillon de parjures et de subterfuges, il ne s’autorise que le faux, des interprétations fallacieuses et le sens rasé de l’éthique, de la logique. Dans ses dentelles de rempart, il couvre le délit d’une agitation diplomatique et trop souvent d’une corruption active pour des gains orduriers des résultats électoraux.

Si la CEDEAO ne peut pas savoir comment la dynastie des GNASSINGBE fonctionne pour mieux appréhender sa psychologie du viol, de la transgression, du passage en force et du crime, elle ne peut s’armer de coercitions fortes pour cirer son autorité, sa crédibilité au Togo. Il y a une frange de chefs d’Etat qui butinent aux manoeuvres de  la dynastie togolaise parce qu’ils sont eux-mêmes à l’image des pratiques infâmes du brigandage politique. C’est à eux que s’adresse André GIDE dans son Journal: « Quand les gens intelligents se piquent de ne pas comprendre, il est constant qu’ils réussissent mieux que les sots ».

Le Togo ne peut pas permettre à Alpha CONDE et à ses amis d’organiser la récidive de l’hécatombe électorale. Les Togolais en tant que peuple savent très bien ce qu’ils veulent et ne sont pas du tout prêts à renoncer à l’alternance politique, à l’ordre démocratique et aux injonctions d’une feuille de route sur la transparence électorale. Notre présent et notre avenir nous appartiennent. Notre solidarité étanche est notre force. Advienne que pourra au nom de la liberté! C’est  aux hommes, aux leaders de la CEDEAO de ressembler à leurs portaits, à leurs décisions, à leurs propres paroles.