L’activisme par l’art : la PAAC expose la corruption

Joindre l’art à la lutte contre la corruption, combattre  ce fléau, la PAAC en fait son crédo.  Les murs de L’Ecole Supérieure de Journalisme des Métiers de l’Internet et de la Communication (E-JICOM) a servi de cadre pour exposer ce fléau qu’est la corruption. A travers l’art, Oumy Regina rêve d’un Sénégal sans corruption. Dans cette interview, découvrez l’activiste et son combat contre la corruption.

 Bonjour Mme Oumy Régina Sambou, présentez-vous à nos lecteurs.

Bonjour. Je suis spécialiste en communication de formation, journaliste de profession, entrepreneur avec ma boîte de communication qui s’appelle « Africulturelle » et activiste artistique fondatrice de la Plateforme d’Activisme Artistique de lutte contre la Corruption (PAAC).

Vous êtes la coordonnatrice de la Plateforme d’Activisme Artistique Contre la Corruption. pourquoi  la PAAC ?

La PAAC parce qu’il fallait un espace où nous allions jouer notre partition, surtout après avoir été formé dans le cadre de l’ «Art Action Academy » fin 2019 à Gorée. Passionnée de culture, on a toujours été convaincue qu’on pouvait se servir de nos cultures, nos traditions, nos us et coutumes pour sensibiliser et mener des actions impactantes au sein de notre communauté. Et la formation que nous avions reçue en 2019 nous a permis de savoir les voies et moyens emprunter pour atteindre nos objectifs. Et ces objectifs peuvent au départ sembler utopiques, mais il ne faut pas en avoir peur. Il faut savoir les appréhender et tracer des chemins qui permettent, à défaut de les atteindre, de pouvoir s’en rapprocher le plus possible. A travers la PAAC, on veut éradiquer la corruption de notre espace géographique. Comment y arriver? En sensibilisant et en semant des graines anti-corruption autour de nous.

Quel lien entre activisme et art ?

L’activisme, comme son nom le suggère, est l’activité qui consiste à remettre en question et à modifier les relations de pouvoir. C’est ce que le politologue Harold Lasswell a un jour décrit comme « qui obtient quoi, quand et comment ». L’activisme ne signifie pas nécessairement une manifestation de masse devant un siège du gouvernement pour demander plus de ressources.  Cela peut tout autant signifier l’organisation d’un petit collectif de garderie entre les parents du quartier, donnant ainsi à la communauté le pouvoir de créer de nouvelles ressources pour elle-même. Il existe de nombreuses façons de faire du militantisme et d’être activiste, mais l’élément commun est une activité visant des résultats démontrables : que ce soit pour changer une politique, mobiliser une population, renverser un dictateur ou organiser un collectif de garde d’enfants. Le but de l’activisme est d’agir pour produire un effet.

L’art, en revanche, n’a pas de cible aussi claire. Il est difficile de dire ce pourquoi l’art est pour ou contre,  sa valeur résidant souvent dans sa capacité à nous montrer de nouvelles perspectives et de nouvelles façons d’apporter un sens à notre vie. Son impact varie d’une personne à l’autre. Il est souvent subtil et difficile à mesurer, et des messages confus ou contradictoires peuvent même être intégrés dans une œuvre.

En mettant cote à cote l’activisme et l’artistique, il s’agit de  trouver l’équilibre entre l’affect et l’effet recherché. L’activiste, en se servant de l’art, a plus de chances  de passer à travers les filets des gouvernements répressifs, mais a aussi plus de chances de faire passer son message aux populations. Nous avons pu le constater avec les différentes actions que nous avons eu à mener sur le terrain entre Gorée, le Lac rose, l’école “Casa Italia”, entre autres.

Pourquoi essentiellement le combat contre la corruption ?

Nous n’avons pas choisi de parler de la corruption. Dès le départ, nous avons répondu à un appel à candidature  qui avait pour objectif de former différents profils à l’activisme artistique dans le cadre de la lutte contre la corruption. Pour quelqu’un comme moi, qui ai répondu à cet appel à candidature,  cela correspondait au genre de projets que j’avais envie de mettre en place depuis 2010 après avoir participé à un atelier de formation sur le journalisme d’investigation à travers l’analyse de documents  organisé par le Forum Civil dirigé á l’époque par Feu Mouhamadou Mbodj. On s’est toujours dit qu’en se basant sur la culture, sur certaines expressions artistiques, il est possible de semer des graines, de faire connaître la corruption et ses méfaits sur notre économie, de sensibiliser et de pousser à un changement de comportement. L’Open Society Initiative (OSIWA) qui finance ce projet, après les résultats concluants dans les pays balkans, a décidé de tester cela en Afrique de l’ouest. Et on peut se réjouir que les résultats soient plutôt bons si après une deuxième phase, il y a eu une troisième phase. Et tous ceux qui ont participé à ces ateliers voient et essaient de répliquer ce modèle d’activisme artistique dans la lutte contre d’autres fléaux. Précisons que la formation de départ,  c’était en collaboration avec le Center for Activism Artistic basé aux USA.

La PAAC était en exposition photos à EJICOM de 19 mai au 5 juin dernier. Pour quel but ?

Cette exposition photo, qui montre en images les désastres de la corruption sur les personnes, mais aussi sur la société en générale, a pour but de stimuler l’engagement des populations sur les questions de corruption, mais aussi de renforcer la sensibilisation. Une série de portraits qui met en scène le combat que mènent les personnes engagées contre la corruption face aux personnes sujettes à la corruption.

Une autre série de photos nous montre l’environnement tout contraire à leur vécu dans lequel évoluent les corrompus qui oublient leur misère sociale.

Quel peut être le rôle, selon vous, des médias dans la lutte contre la corruption ?

Le rôle des médias est très important. Ils doivent contribuer à déconstruire les clichés qui font de la corruption un fait banal. Aujourd’hui on parle beaucoup de la corruption sur le plan macro en la banalisant sur le plan micro. On est tous nombreux à juger insignifiant le fait de corrompre un policier ou un douanier dans l’exercice de ses fonctions ou soudoyer un juge pour avoir une décision favorable. On corrompt pour avoir un travail pour lequel on n’est pas qualifié. Tout ça ne doit pas être dénoncé par seulement certaines organisations. Les médias doivent aussi s’y mettre. Parce qu’aujourd’hui, il y a une forme de corruption à travers les médias qui fait que celui qui paye est celui qui est couvert le plus souvent. Ce qui déséquilibre l’offre en matière d’informations. Ce n’est plus l’actualité, la pertinence qui domine, mais le montant mis dans la poche du reporter ou du patron.

Qui peut être membre de la plateforme d’activisme artistique contre la corruption ?

Tout le monde ! Dès le moment que le sujet nous interpelle et qu’on soit motivé. Parce qu’avec ou sans financement, la PAAC compte continuer à mener des actions de sensibilisation.

La PAAC pour quel impact dans la société sénégalaise ?

Un impact positif avec l’éradication de la corruption. Nous voulons faire émerger un type de Sénégalais conscient des méfaits de la corruption et apte à pousser ses compatriotes au changement.

 Quelles sont vos perspectives ?

          Nos perspectives, il s’agit, durant le semestre qui reste de l’année 2022, de nous déployer à travers le Sénégal pour des séances de formation à l’activisme artistique ou des performances. Nous avons envie d’en faire plus… sensibiliser sur d’autres sujets afin de construire un Sénégal meilleur.