Le préfet exige des UST l’autorisation de Payadowa Boukpessi pour offrir au village des latrines et une installation solaire

Faut-il avoir l’autorisation du ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et du Développement des territoires avant d’offrir des latrines à une communauté ? La question peut paraitre un tantinet farfelue, surtout que le Togo est censé être à l’ère de la décentralisation promouvant le développement local. Mais c’est bien ce qu’il a été donné aux responsables des Universités sociales du Togo (UST) de constater, bloquées dans une initiative de construction de latrines et d’installation solaire à la population de Klotchome Edouhoue, petite localité sise dans le canton d’Asrama, à une trentaine de kilomètres de Notsè, dans la préfecture de Haho.

C’est devenu une tradition aux UST d’organiser un camp jeunesse permettant aux jeunes de différentes localités de se retrouver quelque part et mener des travaux d’intérêt communautaire pour les habitants. On se rappelle que dans ce cadre, l’organisation de la société civile coordonnée par le Prof David Dosseh en avait organisé à Togoville où elle a reconstruit la place des cérémonies au cours de l’année 2021, de même qu’à Agbelouvé. C’est ainsi que cette année 2022, les UST se proposaient de mettre le cap sur Asrama, une localité située entre Notsè et Tohoun, dans la préfecture de Haho et plus précisément dans la commune de Haho 2.

Construction de 3 latrines et d’une installation solaire au programme

Ce camp jeunesse devrait avoir lieu les 11, 12 et 13 avril 2022 à Asrama et rassembler dix (10) jeunes de ce canton et trente (30) autres venant de différentes localités du Togo, soit quarante (40) personnes. Les activités prévues devraient tourner autour des travaux communautaires et de comment le jeune peut s’investir dans sa communauté à travers diverses actions. Au cours de ce camp, les participants devraient planter des arbres fruitiers, organiser des séances d’ecojogging pour ramasser les ordures. Egalement au programme, des soirées culturelles et le visionnage d’un documentaire sur Barak Obama, ainsi qu’une séance d’explication du processus de décentralisation.

Le point d’orgue de ce camp devrait être la construction de trois (03) latrines et l’installation d’un dispositif solaire au profit de la population de Klotchome Edouhoue, une petite localité du canton dépourvue d’électricité. D’un coût total d’un million sept cent mille (1 700 000) FCFA mobilisé par les UST auprès de ses partenaires, ce projet de latrines devrait permettre aux habitants de satisfaire leurs besoins en un lieu propice et ainsi mettre fin à la défécation dans la nature avec son cortège de désagréments et de maladies, et l’installation solaire suppléerait un tant soit peu le manque d’électricité et offrirait aux habitants l’occasion de recharger du moins les téléphones portables. Mais l’initiative ne sera jamais concrétisée ; pour cause, l’obscurantisme des autorités locales, notamment le préfet de Haho, le sieur Awo Tchangani et son dévoué le chef canton d’Asrama, Togbui Mawuko Komlan Edo II.

Volte-face des autorités locales et manœuvres

Dans le cadre de ce projet de construction des latrines et de l’installation solaire, les responsables des UST ont avisé plein d’autorités locales, parmi lesquelles le chef canton susnommé, le maire de la commune de Haho 2, Sossou Ayidoté, le commandant de brigade…Une équipe s’est rendue à trois (03) reprises sur le terrain pour préparer le camp et le site devant accueillir les infrastructures. Il nous revient que lors d’une de ces missions préparatoires, des membres de la délégation ont rencontré le maire, le CB puis le chef canton. Des courriers d’information ont été par la suite envoyés au maire, au CB et au préfet.

Selon les informations, toutes ces autorités étaient très enthousiastes au départ. Mais à une semaine de la tenue du camp, le chef canton appelle un des responsables des UST pour lui demander s’ils ont l’autorisation du préfet pour déployer ces actions. C’était le début de la volte-face. Les manœuvres ont en fait commencé depuis, loin des regards et des oreilles indiscrets. Le camp devrait avoir lieu une semaine plus tôt à Asrama même. Mais un problème de réservation d’hôtel l’a fait repousser.

En effet, il nous revient que le chef canton y dispose d’un hôtel, Gracia, et lorsque l’équipe préparatoire a tenté de réserver des chambres pour abriter le camp, il lui a été rétorqué qu’une grande société de la place les a toutes réservées pour une activité. C’est ainsi que les UST ont décidé de reporter d’une semaine le camp, et donc changé de date. Mais à l’approche du deadline, ses responsables reviennent à la charge, mais s’entendent dire, cette fois-ci, qu’on n’aura pas le temps de laver les draps pour donc apprêter les chambres et les leur réserver.

Voyant le jeu manifeste visant à les bloquer avec le prétexte de l’indisponibilité de l’hôtel, les responsables des UST ont cherché un autre endroit pour abriter le camp. Et c’est l’internat Village La Lumière sis à Klotchome Edouhoue qui a été trouvé.C’est alors ici que leurs détracteurs se sont rabattus sur le prétexte d’autorisation du ministre de l’Administration territoriale pour les empêcher de tenir l’activité et réaliser les ouvrages projetés.

Le préfet exige une autorisation du ministre

Devant tous ces signaux, le Coordonnateur des Universités Sociales du Togo, Prof David Dosseh joint le chef canton pour savoir à quoi s’en tenir. Devant ses hésitations et tenant à ce que ce soit le préfet qui se prononce, le premier responsable des UST contacte le représentant du pouvoir central au téléphone et lui demande de jouer carte sur table. Le préfet se fourvoie dans une série de questions sur l’identité du Prof David Dosseh, si les UST ont un récépissé, si elles ont une autorisation du ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et du Développement des territoires. Au grand étonnement de son interlocuteur. « Si vous voulez que ce soit le ministre qui décide, dans ce cas, on laisse tomber. Il m’a dit oui, il faut que ce soit le ministre qui décide », a confié Prof David Dosseh. « Il serait bien que vous vous adressiez au ministre de l’Administration territoriale. Si vous ne pouvez pas le faire, là on suspend l’activité et vous pouvez faire ça ailleurs », aurait dit en substance le préfet Awo Tchangani.

Contacté au téléphone dans le cadre de la rédaction de cet article afin d’avoir sa version des faits, celle de savoir s’il a vraiment conditionné le déploiement de ces actions – construction de latrines et d’installation solaire – à l’autorisation préalable du ministre Payadowa Boukpessi, le préfet a été expéditif et laconique : « J’ai discuté avec le Prof Dosseh ; ce qu’on a retenu, c’est que la manifestation n’aura pas lieu. Bonne soirée, Monsieur ».

La déception du Prof David Dosseh

Comme on pouvait s’y attendre, cet obscurantisme des autorités locales désole les premiers responsables des UST. « Je suis particulièrement déçu par ce genre d’autorités locales qui, au lieu de penser au développement et à l’épanouissement de leurs populations, sont là à servir, surtout de façon zélée, un pouvoir central. Je trouve que c’est inadmissible, à l’ère de la décentralisation, d’exiger une autorisation du ministère de l’Administration territoriale dans un événement qui consiste tout simplement à construire quelques latrines et à mettre en place quelques panneaux solaires au service d’une communauté », regrette le Coordonnateur.

Prof David Dosseh croit dur comme fer que « le ministre de l’Administration territoriale a des choses beaucoup plus importantes à gérer » et donc les UST ne vont «certainement pas aller vers lui pour solliciter une autorisation, surtout qu’on sait que le Togo s’est engagé, avec le soutien des partenaires, dans un processus de décentralisation ». « Si ces deux personnes (le chef-canton et le préfet, Ndlr) ne veulent pas, pour des raisons certainement politiciennes, qu’une association qui n’est pas une aile marchante du parti au pouvoir, intervienne dans leur localité, soit ; il faut juste que les populations soient informées et comprennent que ces autorités ne pensent pas du tout à elles », a conclu le Coordonnateur des UST, très déçu.

Qu’à cela ne tienne, son organisation veut tirer leçon de cet impair. «Nous, on saura que pour ce genre d’activité, il y a des endroits où nous sommes indésirables et il y a certainement beaucoup autres où nous serons accueillis à bras ouverts, comme ce fut d’autres cas jusqu’ici », a confié le Prof David Dosseh.

E. Godswill