Vivi Adjamagbo, promotrice du restaurant Vivi Royale répond aux préoccupations des consommateurs

Bonjour Madame, pouvez-vous vous présenter brièvement à nos lecteurs ?
Se présenter est toujours un exercice difficile auquel vous m’obligez à me livrer. Bon, allons-y : je suis Adjamagbo Vivi Arougba Yvonne, d’une fratrie de neuf enfants. Je suis woudou d’Atakpamé née à Mango, d’un père médecin, le docteur Kodjo Paul Adjamagbo et d’une mère sage-femme, Dédé Cornélie Adoté. Ma passion de la cuisine m’a été communiquée par ma grand-mère, une excellente cuisinière et avec qui j’étais à la cuisine dès que je le pouvais. Déjà à dix ans, je préparais à manger pour toute la maison.
Après des études primaires et secondaires au Togo, j’ai obtenu mon baccalauréat en France, où j’ai fait ma terminale. Pour ce qui concerne ma formation en cuisine, je suis formée à l’école Pot au feu à Paris, où je suis sortie cheffe cuisinière. Avant d’exercer cette profession, j’ai tenu à me former aussi en pâtisserie, en chocolaterie et en boucherie.
Comme cuisinière, j’ai fait mes stages à la brasserie alsacienne « Chez Jenny » connue du tout-Paris pour sa choucroute, dans un restaurant de la chaîne hôtelière PLM Saint Jacques, avant d’exercer dans plusieurs restaurants parisiens.
Après 29 ans d’exercice en France, je suis rentrée au Togo, mon pays où j’ai ouvert mon propre restaurant « Vivi Royale», à Lomé, au quartier Nyékonakpoé, rue des Moussons, le 8 avril 2000, donc bientôt 23 ans. Mon choix de rentrer est exclusivement motivé par mon désir de contribuer à valoriser la cuisine africaine et partager mon expérience et ma passion avec les jeunes qui veulent embrasser cette profession.

Pourquoi avez-vous choisi de valoriser les mets togolais après une formation en cuisine européenne?
En fait, vous me demandez pourquoi avoir abandonné une sécurité matérielle que m’offrait l’Occident pour rentrer ouvrir un restaurant au Togo pour valoriser les mets togolais. Ma réponse est simple, le Togo regorge d’une riche diversité culinaire qui ne demande qu’à se faire voir et goûter. Il importe donc de contribuer à l’essor du tourisme culinaire dans mon pays, c’est-à-dire inciter des étrangers à venir chez nous pour découvrir nos mets. Vous savez, mon rêve serait qu’un jour mon pays organise le plus grand salon, un salon du tourisme gastronomique. Selon moi, à défaut d’amener notre cuisine à l’étranger, essayons de faire aussi de notre pays une destination culinaire de premier choix. Si j’arrive à partager ce rêve avec mes compatriotes, je suis convaincue que notre tourisme national en général y gagnerait.

Trop de » fast foods » pullulent dans nos villes et quartiers.
Quel regard portez-vous sur un tel constat?
Si nous entendons par « fast food » la restauration rapide et standardisée de plats à manger sur place ou à emporter, convenez avec moi que ce concept existe et pullule depuis toujours chez nous au Togo. Cette forme de restauration est exercée par nos mamans qui vendent au bord des rues et dans les gargotes des ignames frites, des beignets, du riz sauce poulet, etc. Cette restauration rapide a permis à nombre de ménages de survivre.
Aujourd’hui ce fast food informel côtoie une forme occidentale formelle, importée de l’occident. Si ce dernier aussi se multiplie, cela veut dire qu’il répond au besoin d’une clientèle de plus en plus jeune et souvent désargentée.
Que faut-il en penser ? En tant que restauratrice, je souhaite que ce type de fast food s’africanise en s’inspirant des plats africains plus riches en fibre et en protéine. J’ajoute qu’elle à sa place aux côtés des restaurants classiques.

Selon vous, le coût des plats locaux pourrait-il en quelque sorte constituer un obstacle qui pousse la majorité à voir ailleurs ?
Certes, les plats locaux que proposent les restaurants classiques au Togo sont plus chers que ceux que l’on trouve dans les gargotes. Plusieurs raisons sont à la base de cette situation, notamment : les charges du personnel, les impôts de plus en plus exorbitants, l’électricité, les loyers, etc. Mais ceci ne peut être et ne doit pas être un obstacle pour la promotion des mets togolais dans les restaurants classiques ; car chaque type de restaurant a sa clientèle.
A mon avis, quel que soit le type de restaurant, ce qui pousserait un client à aller voir ailleurs, comme vous dites, c’est le cadre, la qualité du service et de la nourriture.

Quels pourraient être les atouts et avantages d’un choix porté sur les plats locaux dont vous êtes l’une des spécialistes ici au Togo?
Le grand avantage de nos plats locaux est leur capacité de combinaison de produits locaux tels que les fruits, céréales et légumes. Ces ingrédients cultivés sur place sont beaucoup moins chers, d’où le coût plus abordable des plats locaux que ceux occidentaux. Par ailleurs nos plats locaux ont une forte valeur nutritive : ils sont riches en fibres et en protéines. Je souligne également que nos plats locaux sont profondément et naturellement enracinés dans nos coutumes et traditions.

Vos conseils à nos lecteurs ?
Parents, enseignez et transmettez les connaissances culinaires du terroir à vos enfants. Apprenez-leur à cuisiner togolais et à manger des plats locaux. C’est aussi à ce prix que nous affirmerons nos valeurs et notre différence dans cette mondialisation.