Devoir d’exemplarité: A quand le  » Prix Socrates »pour les entreprises extractives au Togo ?

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« Les mœurs font toujours de meilleurs citoyens que les lois ». Dans les Lettres Persanes, Montesquieu exhorte les gouvernants à une éducation aux valeurs, à la vertu, à la morale publique, à l’éthique, au civisme et à l’humanité. Ce sont les hommes de valeur qui savent créer des valeurs, mettre des garde-fous pour le respect des normes, des civilités et l’humanité. La responsabilité féconde qui incombe aux gouvernants en premier lieu, c’est l’exemplarité et la capacité de la diffuser.

Mais, il est des citoyens ordinaires bien pourvus par le cœur qui savent montrer la voie des valeurs à ceux qui n’en sont pas aptes. Par une digression heureuse, nous choisissons l’opportunité du ‘’Prix Socrates’’ décerné par la FIFA au Sénégalais Sadio Mané à Paris, la semaine écoulée, avec l’espoir de susciter un frémissement humain dans notre pays, le Togo, pour armer les politiques à une exigence éthique qui offre à nos populations des zones d’extractions minières quelques commodités existentielles.

Notre extension du sens des valeurs dans les zones minières est un choix du souffle moral que nous suggère en tout profit l’activité humaine. Ceux qui font du profit en oubliant volontairement leurs peuples, leurs pays, les collectivités de leur provenance et celles d’où ils réalisent de superbes bénéfices n’ont rien à enseigner à notre monde et n’y ont pas non plus compris la solidarité qui encense le bonheur.

Quand un footballeur a le sens du partage du gain pour élever sa collectivité, son peuple, quel cœur peut-on imaginer dans le thorax de ceux qui écument le sous-sol de nos villages et régions sans mettre à la disposition des populations des infrastructures de premier ordre pour favoriser leur mieux-être ?

Les artifices des cahiers de charge et les enfumages politico-électoralistes dans nos zones minières ne sont-ils pas des crimes de masse pour des populations de nos terres écumées ?

1)           Mané, la conscience morale du profit

La Fédération Internationale de Football Association a décidé d’inclure dans ses récompenses annuelles des joueurs d’exception aux exploits inégalés le ‘’Prix Socrates’’ pour les œuvres de charité, de partage et d’humanité sur les gains des talents. La dimension éthico-morale ainsi célébrée est une exemplarité coiffée d’une couronne de gratification qui élève le bénéficiaire d’un cran de noblesse. Le talent, à lui tout seul, ne suffit pas pour une inclination de respect, d’admiration. Le supplément d’âme greffé sur le savoir-faire et la richesse qu’on en tire est un podium d’humanité dont la terre entière a besoin pour grandir dans la solidarité et l’amour.

La reconnaissance de la vertu pour nourrir le monde d’espérance est un grand pas de la FIFA pour remercier l’audace de générosité et d’humilité des excellents qui engrangent de leur art des fortunes. Dans notre monde des adversités et des écueils, ceux qui ont la force de donner de leur compétence les fruits de leur génie pour soulager les moins chanceux méritent d’être vus et de recevoir les gratifications de leurs œuvres de grand cœur.

La vie d’un footballeur de classe exceptionnelle est fragile, délicate, éphémère, sujette à des éventualités qui peuvent renverser à tout moment la dynamique ascendante du jouer ou le priver du destin qu’il veut construire. On a vu beaucoup de footballeurs écourter leur carrière par des accidents répétitifs ou graves. Van Basten, par exemple, attaquant hollandais pétri de talent, a précocement rompu avec la compétition sportive pour des accidents à la cheville.

Des circonstances fâcheuses peuvent phagocyter le devenir d’un joueur. Sadio Mané ne fait pas de calcul pour préserver ses avoirs, les profits de sa chance, de sa réussite en tant qu’athlète. Il n’a pas de vanité à se moquer de ceux à qui la vie n’a pas fait beaucoup de cadeaux. Il les intègre plutôt dans son planning, dans son plan de vie pour les soutenir, les honorer

Mané n’a pas du tout détourné le regard sur ses origines pour cloisonner à distance ses pairs, sa collectivité. De sa poche, un hôpital pour les siens, des écoles et collèges pour son village, des investissements pour donner quelque espoir à la collectivité de ses amours d’enfance et des vacances nulle part que la terre de ses ancêtres pour rester l’enfant du pays, palper les réalités de ses parents et  leur apporter le concours du fils avec plaisir et sans se faire prier.

Nous autres Togolais qui prétendons détenir une parcelle de responsabilité et qui profitons abondamment des richesses de notre pays, nous ne sommes pas capables de penser notre peuple, la collectivité nationale pour partager avec nos villages lugubres nos super profits. Nous n’avons aucune politique en tant que gouvernants à ordonner les entreprises extractives pour une prise en compte de la redistribution des énormes bénéfices réalisés sur nos zones minières. De l’empire des phosphates à Hahotoé au royaume du clinker à Tabligbo en passant par Bendjéli, les gisements de fer et l’Akébou, les mines d’or, la désolation nous frappe de stupeur, parce que la déréliction profonde dans laquelle les peuples sont basculés avec le supplice du manque nous met en rage. Ceux qui sont assis sur des fortunes crèvent de faim, de soif et vivent dans le noir sans la possibilité de se faire soigner dans des hôpitaux ordinaires et de mériter la bonne qualification par des instituts de formation.

A Kpémé, les eaux du traitement des phosphates déversées depuis 60 ans dans la mer, détruisent la biodiversité jusqu’à la lagune d’Aného et au Lac-Togo par le canal de l’embouchure, qui charrie tous les dépôts phosphatiers dans tous les plans d’eau de la préfecture des Lacs. Le mal des dents jaunes à Kpémé est une réalité de santé publique sans un semblant d’accompagnement de ce géant minier, la STP. Nos gouvernants sont en permanence dans le mépris de la vie de nos collectivités, de nos populations. Albert CAMUS nous apprend dans l’Eté : « Toute forme de mépris, si elle intervient en politique, prépare ou instaure le fascisme ».

2) Ce que Mané apprend aux gouvernants

Là où le cœur est, la main est toujours puissante. Le cœur qui aime un pays est très proche de ses populations. Il n’est pas calculateur pour accepter de se dérober et se disperser dans le folklore de l’exhibition, dans les tricheries éhontées ou s’illustrer dans des inclinations véreuses. Il ne se prive de rien pour protéger ses amours, défendre l’existence des citoyens et préparer des générations à suivre la voie de l’exemplarité et de la solidarité avec ceux qui sont dans le besoin et qui nous sont immédiatement propres.

Les décideurs qui sont en liaison avec les sociétés extractives et qui leur accordent des contrats miniers ont l’obligation morale de se transformer en de vraies gendarmes d’accompagnement des investisseurs pour que le gain de leur exploitation serve, pour une large part, à promouvoir l’humanité, les riverains, leur mieux-être. Le désastre du profit asentimental débouche absolument sur des crimes de masse en ce que les crimes environnementaux et économiques déciment les espaces d’évolution et de résidence des populations voire, leur histoire. La conception du profit dans notre monde d’aujourd’hui ne peut plus répondre à l’exclusivité du gain, et les richesses du pays ne sont pas non plus des ressorts d’extermination des populations.       *

La puissance de préservation de la vie, sa régénérescence, c’est l’amour. C’est sur les bases de vertus que l’amour naît, grandit, s’épanouit pour faire éclater le bonheur en partage. L’amour est une intelligence de bienveillance et de générosité qui protège les autres avec qui on se confond, on se sent indécis. La direction morale des hommes comme celle des gouvernants est un humanisme, une solidarité que le Prix SOCRATES consacre à la FIFA pour montrer que le bénéfice ne suffit pas à la grandeur. De même, nos gouvernants doivent comprendre que leurs postes, leurs statuts, leur valeur de position et tout ce qu’ils en tirent comme profits, sont légers et passagers, s’ils n’intègrent pas dans leur mission de service publique la grande âme de protection et d’assistance permanente aux citoyens qui sont défavorisés ou qui meurent d’inanition.

Ceux qui pensent que la richesse de ce pays leur appartient en propre et qu’ils peuvent faire de ce qu’ils veulent des ressources du sol et de son sous-sol, parce qu’ils sont adossés aux armes sont dans une effroyable petitesse qui ne leur ouvre aucune perspective pour appartenir à l’histoire. Le cercle d’enrichissement illicite que le ‘’Prince’’ qualifie de «minorité qui accapare la richesse de notre pays » a reçu une gifle de Mané et une autre pour la gouvernance ténébreuse, parce que la co-responsabilité pour ceux qui se taisent sur la spoliation des populations est une évidente complicité de crime.

L’inertie et le mépris dans une gouvernance pendant que s’affaissent les peuples dans le supplice du manque ne sont que l’expression d’un cœur monstrueux que Sadio Mané réprouve avec véhémence en donnant le maximum à ceux qui lui sont proches et qui sont dans l’enfer des besoins.

Sadio Mané est en train de rééduquer les gouvernants de nos pays au tact humain, moral qui, superposé à la gouvernance, lui donne un visage de service public  et d’amour pour le peuple au nom de qui ils gouvernent. Nous n’avons jamais autant admiré Denis DIDEROT lorsqu’il dit dans son Discours sur la poésie dramatique : « Il y a un tact moral qui s’étend à tout et que le méchant n’a pas ».

 

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