L’effroyable politique de la guillotine des talents et des valeurs au Togo

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               « Je me sens le cœur ingrat par cela seul que la reconnaissance est un devoir ». Dans sa Correspondance à M. de MALSHERBES, le cœur de VOLTAIRE porte la voix de l’humain-patron par un sursaut éthique absolument nécessaire pour rehausser la grandeur de ceux qui ont des qualités spécifiques, des héros nationaux intercontinentaux qui, de leur engagement pointilleux, de leur générosité dans l’effort, nous ont rendus forts et heureux dans l’histoire des peuples. Il n’est pas donné à n’importe qui d’être si bien pourvu de talents, d’accepter des sacrifices pour les mettre au profit de la communauté.

               Toutes les sociétés ont des lumières, mais c’est leur audace de service qui fait la grande déférence, parce qu’il ouvre des horizons inimaginables aux peuples. Ces lumières, ces hommes d’exception, ces génies ont simplement besoin de notre soutien, des cadres propices d’accompagnement pour donner le meilleur d’eux-mêmes. Nous avons l’exigence morale de les protéger du simple fait que nous bénéficions de leurs qualités, de leurs dons. Leur contribution à l’évolution de nos sociétés doit être pérennisée autant que leur taille, leur immensité dans la protection et l’honneur que nous leur rendons. Les actes de gratitude envers nos modèles, nos étalons participent de notre fierté, de notre dignité, de notre culture de l’excellence susceptibles d’enfanter de nouveaux héros et de grands champions.
Tous les pays qui, sous des prétextes farfelus, font sécher les hommes de talents par la cruauté singulière et la bêtise indigeste perdent leur puissance pour végéter dans la stérilité crue du progrès.
Malheureusement, notre pays le Togo se fait passer pour la République de la castration des talents, des génies, des hommes de valeur et des vocations d’exception. L’entretien, l’encouragement et la culture des pépinières d’excellence sont dramatiquement exclus de notre mode de penser, de vivre, d’exister.
Que fait le Togo pour entretenir ses anciennes gloires, tous ceux qui nous ont tracé des sillons de l’espérance ou qui ont recréé des motifs de solidarité dans un vivre-ensemble agissant et dans une communauté retrouvée ?
Que fait le Togo pour provoquer des talents, entretenir des génies, cultiver l’excellence, bénir nos héros nationaux ?

1) Les fleurs séchées d’une république stérile
Une république incapable de promouvoir des valeurs et des talents pour hisser ses enfants dans l’émulation et la compétition tombe dans le gouffre des platitudes avec un gigantesque déclassement sur l’échiquier international. Dans chaque compartiment de la vie publique de notre république, les faillites s’accumulent et nous ne nous reconnaissons plus au plan des valeurs et des compétences comme si ce pays a perdu ses repères en matière d’éducation, autant que sur le plan sportif, culturel, social, commercial, économique. Rien ne se fait pour préserver le génie togolais, promouvoir les talents, l’excellence, susciter les compétences, encadrer les valeurs, accompagner les perles rares, protéger les hommes d’exception, canaliser les pépinières des guirlandes intellectuelles, installer des structures pilotes pour garantir le bon profil de carrière des révélations qui honorent ce pays.

Le pouvoir qui patauge dans le soupçon et fonctionne sur des principes légers et faux n’accorde de privilèges qu’aux moins méritants pour acheter leur fidélité. Il se sent obligé d’asseoir ses bases sur des origines des citoyens en établissant des cloisons hideuses entre les régions du pays. Ceux qui n’ont ni la dextérité pour un pragmatisme politique, ni une grande ouverture d’esprit républicain cherchent toujours de leur esprit retors des solutions hémiplégiques à des équations simples, parce qu’ils ne sont jamais dans la vérité. L’éthique politique et la morale, intégrées à un devoir de justice forment le socle qui propulse la gouvernance à des hauteurs.
Ceux qui ont accédé au pouvoir par le régicide, la violence et le crime ont si soif d’autoritarisme et tombent trop facilement dans des bourdes et des fautes irréparables qui entretiennent la descente aux enfers de la république. Qu’avons-nous gagné dans ce pays dans le choix insensé de la dissolution des équipes qui faisaient la fierté de nos fédérations de football et qui nourrissaient notre équipe nationale d’une puissance de feu dans toute l’Afrique?


Nous avons aussi fait disparaître les compétitions scolaires en espérant trouver le vivier des talents dans la rue. Les anciennes gloires du Togo sont souverainement ignorées par l’Etat togolais au point que leur situation peu enviable devient une source de découragement pour des générations suivantes qui se préservent du don et de l’effort pour un pays prédateur des talents, des génies. Que de carrières gâchées par l’esprit rustique de la gouvernance à l’obstination esclavagiste pour ses propres citoyens. Il faut bien écouter Sylvestre TOMY, l’ancien gardien émérite de l’équipe nationale du Togo à qui ce pays a opposé un refus de passeport pour l’empêcher d’aller monnayer son talent en Allemagne pour comprendre l’invariabilité de la gouvernance qui assassine ses propres enfants depuis cinquante-quatre ans.
Les spécialités du régime togolais, c’est de raboter nos génies, de déprimer les hommes d’exception, de castrer les héros, de réduire à néant les âmes patriotiques, de tronçonner les valeurs. Ainsi résume en ces termes Henri Frédérice AMIEL la perversité de l’esprit de la gouvernance dans notre pays dans son Journal Intime : « Les vilains caractères aiment à déprimer le prochain et s’en font un devoir, presqu’une vocation ».

Les gouvernants du Togo ont une vocation de poser un gros bandage de mépris sur leurs yeux. Ils sont dans un cruel vide des structures de suivi, d’accompagnement et de formation des compétences. Quels que soient les talents, le génie, la générosité du citoyen togolais, tant qu’ils n’intègrent pas le cercle du militantisme puant, ils sont condamnés à se débrouiller, à se voir traquer, à s’exiler ou à mourir dans l’anonymat et le dénuement.

Nous passons dans ce pays notre temps à sécher nos pollens, à provoquer la chute des compétences, à sacrifier les hommes de valeur pourtant si utiles à notre bond socio-économique, culturel, sportif du simple fait que la bonne action nous inconnue. Il y a un terrorisme d’Etat contre les lumières, les héros nationaux et cet esprit retors enterre l’espérance. Dans tous les pays au monde, les dons et talents se préservent pour un entrainement d’effet qui remorque les peuples vers la grandeur.

Les sociétés qui s’écroulent sont celles qui perdent la rigueur structurelle, la puissance de régénérescence, le sens de l’émulation, l’éthique, la justice, la vérité et le sens de l’honneur. Lorsqu’une République n’a plus le goût à l’excellence, elle se permet de liquider ses propres puissances nouvelles qui émergent dans le rayonnement de la jeunesse. Le Togo est devenu une République des sépultures pour les talents, les valeurs, les compétences, les lumières spécifiques que la platitude se ressent partout sur le visage lugubre de notre patrie inclinée. Dans quels compartiments de la vie publique avons-nous, encore des étincelles ?

2) Misère des génies et des talents au Togo
Le misérabilisme politique dans la gestion des affaires publiques qui n’accorde aucun prix à la vie des citoyens ne peut envisager l’horizon à construire à chacun et surtout à ceux qui sont très doués dans des domaines divers. Ce misérabilisme a ceci de particulier qu’il ne connaît pas le prix de l’excellence et des compétences, parce que ceux qui se sont hissés au sommet de l’Etat avec la violence, le viol et le crime sont si sevrés de la puissance éthique et de la justice qu’ils ne peuvent évaluer ce qui revient équitablement aux citoyens et les récompenses justes d’une justice destructrice qui donne à tous et à chacun la part de ses efforts pour la construction du pays. De facto, ils deviennent les pourrisseurs et des torpilleurs des mérites dans leur abaissement abject de ceux qui font la fierté, la dignité, l’honneur et l’avenir de toute une nation.

Pour apprécier la grandeur des autres, il faut être soi-même dans les codes et normes de la grandeur. L’esprit qui se pervertit à la bassesse a du mal à s’élever dans les hauteurs du progrès. Nous avons tourné le dos au progrès et à la lumière, parce que nous sommes éternellement et toujours dans la frange sans un soupçon de reconnaissance et de gratitude.

Nous avons appris, il y a quelques jours, qu’un Togolais, de son génie, s’est lancé dans les bases de la construction automobile pour nous sortir un embryon de modèle roulant. Il a été reçu, semble-t-il, par la Première ministre sans le moindre plan d’accompagnement, de suivi, de financement, de protection pour un proche horizon d’éclatement de sa valeur pour le bien national.

Nous sommes des champions des farces et des exhibitions creuses dans nos médiocres velléités d’intérêts à ceux qui ont des potentialités, des valeurs, de la lumière à faire triompher notre pays. Benjamin BOUKPETI, le premier médaillé olympique dans l’histoire du Togo s’est éteint dans sa discipline pour cause d’une absence de récompense, d’encouragement et d’assistance à la dimension de ses ambitions. En Côte d’Ivoire, Gabriel TIACO, le premier médaillé olympique a été reçu par Houphouët BOIGNY lui-même avec une forte récompense et une bourse d’étude aux Etats-Unies d’Amérique pour parfaire ses talents.

Partout, l’exemplarité des valeurs entraîne des vocations, quand elle est célébrée, protégée avec des droits de célébrité. La racaille ne peut constituer le moteur d’élévation d’un peuple, d’une République. Les miliciens et les troubadours à la délation facile et du brigandage aisé sont fort récompensés dans ce pays avec un suivi de promotion et parfois propulsés à des postes de responsabilité dans ce pays autant que les gens sans aucun diplôme, sans aucune compétence. Ils sont très nombreux, ces « brouteurs de la République au zèle et au militantisme pestilentiels dans l’administration publique .

Nous ne savons même plus à quel niveau se trouve aujourd’hui l’éducation au Togo, mais nous certifions qu’elle n’a plus aucune ressource concurrentielle pour se mesurer à l’école au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso voire au Niger… Nous ne savons pas dire merci aux grands serviteurs de la République et donner la juste récompense à ceux qui montent de leur génie, de leurs talents pour former les élites de drainage au bénéfice du plus grand nombre.

La gouvernance à la fanfare des transgressions violentes, des faussetés, de la rapine, des crimes économiques, des crimes de masses, de la répression fauve, du mensonge ne peut pas célébrer la vie, la protéger, faire des sacrifices pour le développement des valeurs et promouvoir l’excellence. Ce pays est dans le chaos et la mauvaise réputation. Il s’est perverti à l’ingratitude pour s’enfler dans le mensonge et la cruauté. Antoine de SAINT-EXUPERY, dans Terre des Hommes écrit à juste titre : « La vérité, c’est ce qui simplifie le monde et non ce qui crée le chaos ».

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