Recul de la démocratie: Au-delà du diagnostic d’Anthony Blinken

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Dans un rapport publié le 15 novembre 2021, l’Institut international pour la démocratie et l’assistance électorale basé à Stockholm a dressé un tableau plus ou moins sombre sur le recul de la démocratie dans le monde.  « Entre les coups d’Etat, les menaces sur les libertés, la montée  des populismes, l’actualité donne l’impression que la démocratie est en danger. En cinq ans, le nombre de démocratie dans le monde est passé de 104 à 98 », indique le rapport. Que ce soit en Inde, au Brésil  et même aux USA de Trump, la Slovénie, la Hongrie et la Pologne, l’indépendance des médias, de la justice, les critères liés à la protection sociale, à la corruption sont en recul.

Evidemment l’Afrique où pullulent les régimes autocratiques au monde est parmi les continents les plus touchés. « Il y a eu des progrès remarquables au début des années 1990 qui avaient donné beaucoup d’espoir à tout le monde, mais le nombre de démocraties en Afrique est passé de 22 en 2015 à 18 en 2020 », observe Seema Shah, chargée de superviser la rédaction du rapport de l’IDEA. En tournée en Afrique la semaine dernière, Anthony Blinken, le Secrétaire d’Etat américain a fustigé les régimes autoritaires. «Américains et Africains partagent un désir de vivre dans des endroits où leurs droits sont respectés, où leurs voix sont entendues et où leurs gouvernements répondent devant eux et  pour eux. En travaillant ensemble, nous pouvons soutenir la démocratie dans nos pays et dans le monde », a-t-il déclaré.

Bien avant, il y a eu un réquisitoire très salé contre les régimes autoritaires publié sur le site du département d’Etat. «L’autoritarisme est en hausse dans le monde entier. La technologie est exploitée pour réduire  au silence la dissidence et poursuivre les citoyens et les démocraties doivent réagir pour combattre la désinformation, défendre la liberté d’internet, réduire l’utilisation abusive des technologies de surveillance, établir des normes de conduite responsable dans le cyberespace », peut-on lire sur le site du département d’Etat qui continue: «Nous voyons cela se produire dans toute l’Afrique : des dirigeants qui ignorent la limitation du nombre de mandats, qui truquent les élections ou les reportent, qui exploitent les mécontentements au sein de la société pour accroitre et maintenir leur pouvoir, qui arrêtent des figures de l’opposition, qui répriment les médias permettant aux services de sécurité d’user de la brutalité pour faire appliquer les restrictions liées à la pandémie ».

Le diagnostic d’ Anthony Blinken est clair et net et plusieurs citoyens africains et principalement togolais se retrouvent dans le constat qui est fait. Le Togolais qui vit sous le joug du régime Gnassingbé père et fils depuis plus de 54 ans avec toutes les dérives (massacres, assassinats, exil forcé, arrestations et torture des militants de l’opposition et de la société civile, harcèlement des journalistes et fermeture des médias, élections truquées, etc.) se demande ce que fait exactement l’administration américaine du cas particulier du régime togolais, une menace pour toute la région. Le togolais lambda, en voyant l’administration américaine apporter son appui au régime cinquantenaire dans plusieurs domaines au nom de leurs intérêts et au nom de la soi-disant lutte contre le terrorisme au détriment des questions de libertés et de démocratie, est en droit de remettre en cause les dernières déclarations d’Anthony Blinken. La jeunesse africaine n’a que faire des beaux discours avec des concepts qui s’effacent lorsque les intérêts sont en jeu. Barack Obama a passé 8 ans à parler de démocratie de lutte contre la corruption, mais n’a pratiquement rien fait pour aider dans le monde les peuples en lutte pour plus de liberté.

Les sorties d’Anthony Blinken sont comparables aux déclarations des chefs d’Etat français qui, une fois élu, annoncent la fin de la Francafrique, avant d’en être quelques mois plus tard les vrais piliers. Si l’administration américaine veut une progression de la démocratie en Afrique, elle sait vraiment ce qu’il faut faire. Les Africains en ont marre de ces puissances hypocrites qui posent des actes aux antipodes des discours qu’elles tiennent.

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