Si l’idée ne germe d’Esso-Wêdéo Agba

0 0
Read Time:2 Minute, 30 Second

Article écrit par Atak

Enfin je me suis arrêté sur Si l’idée ne germe… d’Esso-Wêdéo Agba, auteur togolais résidant actuellement à Lagos. Ce roman d’Agba est intéressant à bien des égards !

Intéressant par rapport à sa problématique de la crise sociale. Cette crise sociale qui oblige certaines catégories sociales à se clochardiser, à quémander, ce que l’auteur appelle leur « croûte » au travers des travaux peu recommandables. En effet, l’auteur met en scène les errances et le chaos d’un pays qu’il se refuse à nommer en plongeant ses lecteurs dans le monde de petits gens dont la souffrance n’a d’égale que la richesse des autres. L’auteur en vient à dresser une liste de ses victimes de la crise sociale : « … Là s’entassaient les dockers, les travailleurs journaliers, les vendeurs ambulants, les vendeurs à la criée, les chômeurs endurcis. » p. 134. A l’instar du romancier djiboutien Abdourahman Waberi dns son œuvre Balbala (Paris, Serpent à Plumes, 1997), AGBA montre dans si l’idée ne germe… que la paupérisation des populations va grandissant, ce qui contribue à marginaliser beaucoup de couches sociales.

Intéressant aussi du point de vue de la réflexion que l’auteur mène sur la religion chrétienne. On note, à cet effet, l’abondance du lexique religieux et le recours quasi-permanent à la Symphonie pastorale de Gide, qui devient prétexte pour la réflexion sur la religion chrétienne. Cette religion chrétienne, le narrateur du récit, Law-Séedi – professeur de français au lycée, victime d’un licenciement à cause d’une relation « douteuse » avec une de ses élèves – la découvre dans la maison de son oncle qui lui offre l’hospitalité après ses déboires. Et telle Gertrude accueillie par le pasteur dans la symphonie pastorale, le narrateur de Si l’idée ne germe… y découvre le christianisme à travers deux figures : celle de son oncle et celle de sa femme, c’est-à-dire celle que le narrateur appellera sa « tante » :

« Le christianisme de ma tante consistait en des manières de faire qui se traduisaient par un certain nombre d’habitudes religieuses, se souci d’apparence, d’apparente dévotion aussi, de soi-disant prophéties, de révélation divines.

Mon oncle était à l’opposé de ce comportement. Son christianisme à lui, résidait dans sa manière d’être. Son christianisme était tout un tissu de droits de Jésus sur sa vie » p.122. C’est donc une influence avouée de Gide dont La Symphonie pastorale trouve sous la plume d’Agba une certaine actualisation.

Enfin ce roman est intéressant du point de vue de l’esthétique du flash-back savamment exploitée par cet auteur togolais. L’étape initiale du roman présentant le personnage principal en situation de voyage, on est d’abord tenté d’imaginer un récit de voyage. Seulement on se rendra compte que le narrateur va progressivement inviter le lecteur à des retours en arrière pour justifier la raison d’être de son voyage vers son village natal nommé astucieusement Lagapa (anagramme de Pagala pour ceux qui connaissent le nord du Togo.)

Ce récit, triplement intéressant, mérite qu’on s’y attarde pour permettre à d’autres idées de germer !

Tiré du REFLETS N° 000  Août 2014

Happy
Happy
0 %
Sad
Sad
0 %
Excited
Excited
0 %
Sleepy
Sleepy
0 %
Angry
Angry
0 %
Surprise
Surprise
0 %